( 9 mai, 2014 )

la Marseillaise de Rouget de Lisle

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Édition de l’Almanach des muses contenant la première édition du chant de guerre pour l »Armée du Rhin : HYMNE DES MARSEILLOIS écrit par le citoyen Claude-Joseph ROUGET DE LISLE .

 

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(noter la coquille « aux asmes, citoyens..; » sur le dernier couplet!) 

 

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La récente acquisition de cet exemplaire de l’Almanach des muses de l’année 1793 et la diffusion récente d’une émission consacrée à la marseillaise par Franck Ferrant sur Europe 1 m’a incité à écrire cet article (cette émission avait comme invité Guillaume Mazeau, spécialiste de la révolution Française). Cet article s’inspire très largement de cette émission.

Ce chant pour l’armée du Rhin (parole et musique) fut officiellement écrit par Mr Rouget de Lisle (capitaine du génie) dans la nuit du 25 au 26 avril de l’année 1792, suite à une demande de Mr le baron de Dietrich, Maire de Strasbourg, qui constatait que l’armée révolutionnaire ne possédait pas d’hymne capable de galvaniser et de rassembler les troupes, puisque nous venions de déclarer la guerre le 20 avril aux Autrichiens, afin de défendre la patrie en danger. D’ailleurs le texte dit bien « marchez !», c’est un ordre.

Il s’agit bien d’un chant de guerre.

Je dis « officiellement » car une controverse existe sur la paternité réelle de la musique par Rouget de Lisle. Certaines parties de la mélodie seraient antérieures (d’autres musiciens comme Alexandre Boucher mais surtout  Jean Baptiste Grisons pourraient en être les auteurs). Les paroles mêmes seraient inspirées des clubs de Strasbourg, des mots et des formules du langage révolutionnaire.

Il est fort probable que Rouget de Lisle ait puisé tant pour la musique que pour les couplets, d’airs et de paroles circulant à son époque. Quoi qu’il en soit, il fallait un chant de circonstance et le résultat est concluant.

Ce chant est interprété d’abord à Strasbourg, puis repris par les soldats républicains de Marseille le 10 août 1792 au moment de l’insurrection des Tuileries (d’où la Marseillaise). Le chant,  mis en scène et enseigné sur les places publiques accompagnait les grandes fêtes civiques et fut même chanté à la tribune de la Convention… Bref, il devient le 26 messidor de l’an III  (1795) l’hymne national.

 

La Marseillaise fut ensuite interdite sous l’Empire et la Restauration puis remise à l’honneur en 1830 sous Louis-philippe (orchestration de Berlioz). Néanmoins, la Marseillaise ne fut reconnu officiellement qu’en 1879, puisque à l’issue des élections de 1871, le gouvernement de Thiers, était trop conservateur pour reconnaître cet hymne comme national. Le gouvernement de Mac-Mahon, considérant ce chant comme blasphématoire, proposa même un nouvel hymne intitulé Vive la France de Charles Gounod, interprété en place des Tuileries en juin 1878. L’hymne fut patiemment écouté et un cri surgit : « La Marseillaise !». Les musiciens chargés de jouer le nouvel hymne s’exécutèrent à cette demande et le peuple chanta l’hymne révolutionnaire.

Après sa seconde officialisation, les cendres de Rouget de Lisle sont transférées au Panthéon. En pleine guerre mondiale, Raymond Poincaré déclare « Dans la genèse de notre hymne national, nous trouvons à la fois un splendide témoignage du génie populaire et un exemple émouvant de l’unité française ».

 

Revenons à la symbolique du chant de Rouget. La Marseillaise est bien faite pour mobiliser, rassurer les soldats qui vont s’enrôler et engager leur vie pour la défense de la liberté et de la patrie. N’oublions pas qu’à cette époque, l’on chante beaucoup et que la culture orale est très présente. Beaumarchais ne fini-t-il pas son mariage de Figaro par la phrase: «En France, tout finit par des chansons », mais aussi et surtout, tout commence par des chansons et des satyres, notamment en période de révolte.

Les chansons « ça ira » et « la carmagnole » constituent d’autres exemples de chants rassembleurs. Il est juste de reprocher à la Marseillaise son coté belliqueux, mais c’est sa raison d’être ! En 2014, la révolution nous semble bien étrangère, mais il ne faut pas oublier qu’une grande partie de l’Europe voulait « faire la peau » à la révolution Française.

Cet hymne n’est pas neutre, il traduit un moment spécifique de l’histoire, il vient du peuple et non d’un grand compositeur, en effet Rouget de Lisle n’en était pas un.

 

Pourtant, notre époque n’est pas exempte de violence, à laquelle le téléspectateur est confronté chaque soir en regardant le journal TV, mais cette violence est souvent lointaine, par écran interposé, hors de nos frontières, alors qu’au 18ème Siècle, elle était quotidienne et dans la rue. Il suffit de se remémorer le sort du pauvre boulanger parisien en 1789 (voir « les révolutions de Paris » dans la catégorie XVIII e- révolution-).

Néanmoins cet hymne a résisté et est considéré comme un élément du patrimoine, au même titre que nos châteaux ou la tour Eiffel et contrairement à d’autres pays, nous le connaissons tous, au moins en ce qui concerne le premier couplet et le refrain. Et bien que la plupart des Français semblent se reconnaître en cet hymne, chanter le reste serait déjà beaucoup plus hasardeux.

De ces passages qui font réagir, on retient surtout le fameux « sang impur » qui est du reste au centre des incompréhensions de la Marseillaise. On peut penser que si le sang des ennemis est impur, c’est le sang des étrangers qui l’est et on voit se dessiner des idéaux racistes derrière ces paroles. Les révolutionnaires ne pouvaient pas penser en ces termes car le racisme tel qu’on l’entend aujourd’hui n’existait pas. Le sang impur est celui de ceux qui soutiennent les tyrans, les despotes, sans aucune dimension biologique.

Le sang pur est celui des vertueux, l’ennemi est bien le despotisme et les paroles brutales sont tournées contre un joug qui a tenu le peuple en esclavage pendant des siècles. La prise de la Bastille est l’un des symboles de cette guerre contre la tyrannie et l’autorité absolue d’un monarque.

Ce  chant national, dont les paroles sont certes en décalage avec notre temps, nécessite des explications pour être transmis aux nouvelles générations. Les termes sont parfois difficiles à comprendre : « Contre nous de la tyrannie », « Que veut cette horde d’esclaves, de traîtres, de rois conjurés ». Le style du langage, le registre lexical spécifique du néo-classicisme, tout droit sorti de la révolution, le retour à l’antique (avec ses « esclaves », ses « barbares ») n’est pas toujours facile à saisir à notre époque.

Certains couplets sont moins belliqueux, comme le cinquième couplet qui engage les soldats Français à être magnanimes envers leurs ennemis : « François, en guerriers magnanimes, portez ou retenez vos coups ; épargnez ces tristes victimes à regret s’armant contre vous… ».

 

Durant la première guerre, la Marseillaise était déjà sujette à des critiques. Certains préférant l’Internationale comme le Parti Communiste Français qui va rejeter la Marseillaise jusqu’en 1934. La seconde guerre mondiale redonnera une seconde jeunesse à notre hymne. Il sera chanté dans les camps et  parfois aux poteaux d’exécution par défi contre les bourreaux. Ses origines historiques resurgissent alors par leur coté révolutionnaire mais aussi rassembleur des peuples. Lorsqu’un président, Valery Giscard d’Estaing, sous-estimant l’attachement des Français à son hymne originel, voulut le réformer et changer son rythme, il se heurta au conservatisme d’une Nation. La première représentation connut un tollé général.

Ces anciennes constructions identitaires telles que les chants, les drapeaux …semblent parfois désuètes, et la guerre sur notre territoire une lointaine affaire. Il s’ensuit une envie de rire, de désacraliser, de mettre à distance cet hymne national, d’en changer les paroles, voire de le remplacer. Chacun se fera une idée sur la chose…

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