( 24 juin, 2014 )

Fausse adresse…

Un livre autorisé comporte le plus souvent en bas de page une adresse, qui mentionne le nom d’une ville, le nom d’un imprimeur (ou d’un libraire), voir un nom de rue ou d’enseigne.

Pour échapper aux poursuites et aux sanctions, il était courant  au 18ème siècle que les imprimeurs ou les éditeurs inscrivent en bas de leurs pages de titre de fausses adresses comme Londres, Amsterdam ou la Haye alors que les livres avaient été imprimés en France.

Le procédé était utilisé pour les contrefaçons, soit de livres interdits (contre la bonne morale), soit de livres dont les droits n’appartenaient pas à l’imprimeur (il n’avait dans ce cas pas de privilège royal). Les deux images suivantes illustrent ces deux cas. D’abord Diderot avec ses bijoux indiscrets (livre interdit de 1748, sans nom d’imprimeur, ni même d’auteur):

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(Le Monomotapa était l’empire du grand Zimbabwe du XV au XVIIème s)

Puis une édition d’Amsterdam de la Henriade de Voltaire (édition pirate):

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Le but de la manœuvre était simple, une fois l’ouvrage en circulation, il devenait pour les censeurs et les personnes chargées de contrôler les impressions beaucoup plus difficile de remonter à la source et de punir les fautifs.

On ne cherchait pas toujours à échapper aux censeurs royaux, mais aussi à cacher l’auteur lorsqu’il s’agissait de pamphlets, ou encore à se monter  tout simplement inventif , original ou sarcastique lorsqu’il s’agissait de joutes entre auteurs à coups de libelles.

Ainsi peut on croiser, dans la bataille que se livrèrent les  pro et anti-philosophes en 1760, des adresses qui ne manquent pas d’exotisme. Rappelons juste qu’en cette année sort une comédie, les philosophes (de Palissot),  qui attaque le parti des philosophes et que Rousseau et Diderot, sans être nommés, sont les premiers visés. Plusieurs écrivains prennent parti pour ou contre les philosophes au travers de leurs écrits.

Les philosophes manqués (d’André Charles Cailleau) porte l’adresse « A Criticomanie, chez la SATYRE, rue des bons avis, à la vérité »

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La lettre d’un original aux auteurs très originaux de la comédie très originale des philosophes imprimée sans permission porte l’adresse simple mais fausse de « A Berlin ».

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Le Discours sur la satyre contre les philosophes (de l’abbé Coyer) porte « A Athènes, chez le libraire anti-philosophe ».

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Et enfin le philosophe, ami de tout le monde (de Charles-Pierre  Coste d’Arnobat,) porte « A Sophopolis, chez le pacifique, à la bonne foix ».

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Autre fausse adresse célèbre, celle de Dublin pour les liaisons dangereuses de 1784:

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