( 27 mars, 2015 )

Entre les pages…

Glissée entre les pages de l’Encyclopédie, une lettre, qui servait certainement de marque page improvisé, me réserve son lot de surprises et d’interrogations.

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-le texte:

Paris, ce 15 Février 1780.

Recevez ma reconnaissance, Monsieur, des marques de souvenir que vous de(sic, me) donnez, dans les tristes circonstances de la perte que je viens de faire. La mémoire de Monsieur Bastard, mon beau père, me fera toujours chère, et j’ai voué les même sentiments à tous ceux qui comme vous, Monsieur, lui étaient attachés par le lien du sang et de l’affection; je vous prie d’en être persuadé, ainsi que du sincère attachement avec lequel j’ai l’honneur d’être.   Monsieur

Votre très humble et très obeissant serviteur, Devergennes, m(aî)tre des requêtes

M(onsieur) Le M(ar)quis de Laizer- Issoire.

-Le sujet: Cette lettre de Gravier de Vergennes est adressée au marquis de Laizer en remerciement d’une lettre de condoléance pour la mort du beau père de De Vergennes. En fouillant un peu, il s’avère que ce Charles Gravier de Vergennes est intendant et directeur des vingtièmes (impôt direct), et surtout neveu de Charles de Vergennes, célèbre ministre de Louis XVI. Mais surtout, il est le père de Madame de Rémusat, célèbre femme de lettre du début du XIXème siècle.

Madame de Rémusat, de son vrai nom,Claire Élisabeth Jeanne Gravier de Vergennes, comtesse de Rémusat, est née le 5 Janvier 1780 et fille d’ Adélaïde de Bastard, elle même fille du dénommé Bastard dont le nom figure dans la lettre.

La lettre est adressée au marquis de Laizer, propriétaire de l’exemplaire de l’Encyclopédie dans laquelle j’ai trouvé cette lettre. L’ex-libris est présent sur chacun des volumes:

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De la famille de Laizer, derniers habitants du château de Montaigut-le-blanc (à quelques kms d’Issoire) je n’ai retrouvé qu’une Alexandrine (Marie Catherine Charlotte Jeanne) de LAIZER (1780-1825) susceptible de correspondre à l’Ex-libris. Cette alexandrine est fille de Louis Gilbert de LAIZER (1756-1808), célèbre naturaliste et collectionneur réputé de minéraux, et petite fille de Jean Charles de LAIZER (1734-?). En 1775, ce Jean Charles de Laizer habite le château de Montaigut, et son fils, Louis-Gilbert, en fait même un lieu de rassemblement de savants. Il n’est donc pas étonnant de trouver un exemplaire de l’Encyclopédie en ces lieux!

-Le filigrane du papier :

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 » VAN DER LEY « , papetier hollandais

 

( 26 mars, 2015 )

Les saisons (1796)

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Voici un auteur, Saint-Lambert oublié, mais pour lequel Voltaire avait une grande admiration et une estime comme poète. C’est pour cette raison que Voltaire fut l’un de ses partisans lorsque Saint-Lambert se présenta à l’académie française. Pour preuve de cette admiration, nous trouvons dans le Tome 13 de la correspondance générale de Voltaire (ou Tome 80 de l’édition de Kehl) deux lettres élogieuses que Voltaire envoie à l’auteur des Saisons, après qu’il eu reçu et lu le livre de Saint-Lambert. Voici  la première lettre:

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Album : saint lambert

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Les quatre gravures illustrant les quatre saisons (printemps…) pour l’édition grand In quarto de 1796, chez Pierre Didot l’ainé. Celle-ci sont dessinées par Chaudet et gravées par Morel:

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Les débuts de chaque partie du poème:

 

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( 8 mars, 2015 )

Histoire du camp américain de Gièvres (41)

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Le 6 avril 1917, les Etats-Unis entrent en guerre contre l’Allemagne. C’est un pays peu préparé à la guerre qui, en l’absence de service militaire, ne compte que 200 000 soldats volontaires.

Une mobilisation gigantesque commence alors : il faut recruter, former au combat, transporter et ravitailler en Europe un corps expéditionnaire de plus en plus important. Cette organisation démesurée va s’appuyer sur des camps , des ports et des gares construits en France par les Américains. Ce livre de l’abbé Chauveau, imprimé à Nantes en 1923,  raconte l’histoire d’un de ces camps, dans le centre de la France, celui de Gièvres. L’intérêt typographique de l’ouvrage réside dans ses bois de différentes tailles, signés J.M. (?), mais superbement exécutés.  Chaque chapitre commence par un bandeau historié. On remarquera particulièrement le bois du château de Chenonceau. Voici la série:

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Album : camp

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( 6 mars, 2015 )

on n’a rien inventé!

400 ans séparent ces deux lettrines à fond noir! La technique est la même, la gravure sur bois. Les parties noires sont encrées lors de l’impression, donc en relief dans la matrice de l’artiste, et les parties blanches ne le sont pas, donc réalisées en creux. Simple, mais efficace et toujours très harmonieux.

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( 5 mars, 2015 )

Des gravures retouchées

Les Augustes représentations des rois de France du graveur L’Armessin nous offre une série de 65 portraits des rois de France, de Pharamond (roi légendaire) à Louis XV, donc du 5ème siècle au 18ème siècle. L’édition de 1688,  donne  sur la page de titre l’adresse suivante: A Paris, chez N de Larmessin,rue St Jacques, à la pomme d’or, proche Saint-Severin.

Les gravures de l’édition de 1714 reprennent les même gravures, mais retouchées au burin, rajeunies, par un artiste autre que L’Armessin (car mort en 1695). L’Encyclopédie Diderot et d’Alembert précise que « la différence de la retouche entre la gravure en bois et celle en cuivre, c’est que dans cette dernière, retoucher une planche, c’est lorsqu’elle est usée repasser le burin dans tous les traits… ».  

L’adresse en bas de feuille a également été retouchée, afin de faire connaître le nouvel éditeur, la veuve Hurand (ou de F. Hurand), rue St Jacques (sans autre mention du lieu). Le début de l’adresse « A Paris, chez » a été gardé sur la page de titre et sur les gravures. La 65ème gravure, celle de Louis XV, n’existait pas dans les éditions antérieures (1679 ou 1688) et comporte une adresse non retouchée.

Les marques des anciennes adresses (Larmessin)  effacées des cuivres par grattage restent visibles sous la nouvelle adresse. Le résultat n’etant pas toujours très propre. En page de titre, la date de 1688 a été grattée et remplacée par 1714. La mention « En 65 portraits  » a été ajoutée également de part et d’autre du fleuron de titre.

Je vous propose d’abord un petit enregistrement, un extrait de l’œuvre du graveur  Papillon, concernant cette pratique de retouche des gravures.

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Bas de la page de titre de l’édition de 1688:

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Bas de la page de titre de l’édition de 1714, avec les restes de l’édition de 1688 . On voit très bien les restes de l’ancienne adresse:

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Adresse retouchée en bas d’une gravure:

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Exemples de retouche des gravures, deux comparaisons de la gravure n°16 (Clovis II).

Le but est de permettre de réutiliser une série de gravures usées, en les retouchant au burin ou à la pointe sèche .

35 années séparent l’utilisation de cette même série de gravures:

1  1

11 2

La gravure 1 est tirée de l’édition de 1679, le trait qui dépasse du cercle, sous le pompon , est bien marqué alors que dans l’édition de 1714 (2), il l’est beaucoup moins. Pas de doute, il s’agit bien de la même gravure, mais plus usée. Un autre trait du graveur, entre la clochette et le cercle du médaillon est quasiment effacé dans l’édition de 1714. L’usure de la gravure est ici très marquée. 

2 1

22 2

Ici, nous avons un détail du col. Les flèches représentent les points de similitude, avec usure de la gravure n°2. Le cercle rouge montre une zone avec des retouches importantes.

Certains traits de burin de l’édition 1 (1679) se retrouvent sur l’édition de droite (1714), mais la matrice qui a servi a réaliser la gravure n°2 est clairement remaniée. Pourtant, ce sont les mêmes gravures (voyez les détails en bas de l’image, la forme et l’orientation des petits ovales se retrouvent sans aucun doute, mais plus usés pour la gravure 2.

Suite des 65 portraits des rois de France:

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Album : portraits

128 images
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( 3 mars, 2015 )

Livre d’oraisons du père Coton

En 1603, Pierre Coton obtient d’ Henri IV, que soit révoquée l’expulsion des jésuites de France décrétée par le parlement de Paris en 1594 (voir l’autre article de la catégorie XVI e- Jésuites-explusion). Ayant la faveur du roi, les jésuites reviennent en France, et fondent ça et là des institutions d’enseignement. Après cette date, Coton est donc «Prédicateur du roi», et en 1608, grâce à la protection de Marie de Médicis, Henri IV le prend  comme confesseur et conseiller, et lui confie même l’éducation du dauphin, le futur Louis XIII. Coton est entré dans l’histoire sous la forme d’une boutade: «Le roi a du coton dans les oreilles !»

Les ouvrages des jésuites rentrent progressivement en France en ce début de 17ème siècle. D’abord, avant Coton, le père Richeome, avait produit quelques ouvrages de piété jésuite, comme son Adieu de l’âme dévote, ou encore sa défense des pèlerinages.Bientôt les écrits du père Coton viennent s’ajouter à ces ouvrages destinés au grand public. Les Oraisons dévotes…, commandées par la reine Marie de Médicis, sont imprimées à Paris dès 1611, mais aussi dans d’autres villes, comme cette très rare édition de Troyes.

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Plusieurs petits textes suivent:

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Les quinze effusions du sang… par Maître François Grandin, Angevin et curé de l’église collégiale de Saint-Jean Baptiste d’Angers. Son nom figure dans les recherches historiques sur l’Anjou et ses monumens par J.F. Bodin (Saumur-1823) et dans les bibliothèques françoises de la Croix du Maine et de du Verdier (Paris -1772). Il semble avoir écrit vers 1558-1570. Plusieurs éditions des effusions vers 1582…

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Fermoir en bronze

 

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A propos de cette édition:

Imprimée par (ou pour) Pierre de Villiers, vers 1628-29 (?). Je n’ai trouvé que très peu d’informations sur cet imprimeur. DAns l’édition de 1839 de Recherches sur l’établissement de l’imprimerie à Troyes , il n’est pas fait mention de cet imprimeur, ni de ce titre! Seule l’édition de 1851 de Conrad de Breban note pages 78-79: « De Villiers: On trouve sous son nom, dans d’anciens catalogues, le titre Brieve narration de la généalogie de la maison de Gonzague par Nicolas Baillot, avocat (1629, In 12).

( 2 mars, 2015 )

double Matthieu Laensberg de 1839

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Les récits de voyage et les habitudes des peuples indigènes, ici le Canada, ont une large place dans ce type d’almanach :

 

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