( 23 mai, 2019 )

A bas Buonaparte!

A l’heure de la célébration du bicentenaire de la mort de Napoléon, les passions se déchainent à nouveau. Est il de bon ton d’être pour ou contre Napoléon? Il semblerait, en tous les cas, que les actions des grands hommes de notre histoire font toujours excessivement réagir . Concernant Napoléon, il y a les « pour » et les « contre », pas de place pour le compromis, et parmi les « contre », ce sont souvent des franchement « contre », tournevis en main, prêts à déboulonner toutes les statues de l’empereur, ou dévisser les plaques de rues . C’est certainement  faire acte d’anachronisme que de prendre parti. On peut prendre parti sur des sujets d’actualité qui nous concernent, ainsi en 1981, les adversaires de la peine de mort voulaient  volontiers guillotiner les partisans de la peine de mort (et vice versa). Chateaubriand, auteur du début du 19e siècle est un royaliste pur et dur, convaincu, qui ne se détournera jamais de cette fidélité aux Bourbons, contrairement à d’autres qui « s’adapteront » aux nombreux changements politiques. C’est l’une des raisons essentielles pour laquelle Chateaubriand écrit en 1814 un pamphlet contre Napoléon 1er. A cette époque, la ferveur des Français pour l’empereur est plus que  déclinante, et il est à quelques mois de son abdication. 

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Une émission sur la chaine parlementaire (LCP), concernant l’année 1812, et donc la campagne de Russie (Le tournant du règne de Napoléon) m’incita à acquérir un exemplaire daté de 1814 du célèbre, mais oublié, ouvrage politique de Chateaubriand; « De Buanaparte, des Bourbons et de la nécessité de se rallier à nos princes légitimes, pour le bonheur de la France et de l’Europe. » L’année 1814 compte au moins trois éditions Parisiennes de l’imprimeur Mame. Page de titre de la seconde édition:

https://mega.nz/folder/A9YFyKaJ#d0-sDLgNRzpNKRW_7_5v6A

Enregistrement vocal de la page 35 (défaite de Russie):

https://mega.nz/file/ZpxxXKJS#yRWU82MNtS_PmUWwrABB186uA0PI4Qo6JghWzDEC3Qk

PREMIER EXTRAIT, Buonaparte arrive au pouvoir après dix années de révolution: « Il fallut donc songer à établir un chef suprême qui fût l’enfant de la révolution , un chef en qui la loi corrompue dans sa source protégeât la corruption, et fît alliance avec elle. Des magistrats intègres, fermes et courageux, des capitaines renommés par leur probité autant que pour leurs talens s’étoient formés au milieu de nos discordes; mais on ne leur offrit point un pouvoir que leurs principes leur auroient défendu d’accepter. On désespéra de trouver parmi les Français un front qui osât porter la couronne de Louis XVI. Un étranger se présenta : il fut choisi.« 

SECOND EXTRAIT, Chateaubriand juge l’homme: « Examinons au dehors la marche de son gouvernement, cette politique dont il étoit si fier , et qu’il définissoit ainsi : La politique, c’est jouer aux hommes. Eh bien, il a tout perdu à ce jeu abominable, et c’est la France qui a payé sa perte.
Pour commencer par son système continental , ce système d’un fou ou d’un enfant, n’étoit point d’abord le but réel de ses guerres, il n’en étoit que le prétexte. Il vouloit être le maître de la terre… »

TROISIEME EXTRAIT, Chateaubriand dénonce les pertes de la retraite de Russie, après septembre 1812. Les Russes et autres cosaques utilisent la tactique de la terre brulée et des attaques surprises sur l’arrière garde Française:   « Même faute pour la Russie : au mois d’octobre 1812, s’il s’étoit arrêté sur les bords de la Duna ; s’il se fût contenté de prendre Riga, de cantonner pendant l’hiver son armée de cinq cent mille hommes, d’organiser la Pologne derrière lui; au retour du printemps , il eût peut-être mis en péril l’empire des czars. Au lieu de cela il marche à Moscou par un seul chemin , sans magasins, sans ressourcé. Il arrive : les vainqueurs de Pultava embrasent leur Ville Sainte. Buonaparte s’endort un mois au milieu des ruines et des cendres. Il semble oublier le retour des saisons et la rigueur du climat, il se laisse amuser par des propositions de paix ; il ignore assez le coeur humain pour croire que des peuples qui ont eux-mêmes brûlé leur capitale, à fin d’échapper à l’esclavage, vont capituler sur les ruines fumantes de leurs maisons. Ses généraux lui crient qu’il est temps de se retirer. Il part, jurant comme un enfant furieux, qu’il reproîtra bientôt avec une armée dont l’avant-garde seule sera composée de trois cent mille soldats, Dieu envoie un souffle de sa colère ; tout périt : il ne nous revient qu’un homme ! »

 

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