( 11 juin, 2014 )

Histoire d’un défroqué

Ce petit ouvrage daté de 1542, sans nom d’auteur, ni d’imprimeur est celui d’un moine qui explique les raisons de sa conversion au protestantisme.

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Au titre, il faut lire:

Déclaration de la règle et état des cordeliers, composée par un, jadis de leur ordre et maintenant de Jesus Christ (protestants). En laquelle il rend raisons de son issue (sortie) d’avec eux, nouvellement par lui tenue (effectuée)

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L’auteur de ce texte intitulé « De la déclaration de la reigle et etat des cordeliers » publié, probablement à Genève, chez J. Michel le 04 Aout 1542 est un confrère et compatriote de Rabelais : il a signé son œuvre d’un acrostiche, il se nommait Jehan Ménard (voir image après le texte). Il était originaire, vraisemblablement de Saint Pierre des Corps, était cordelier en Touraine, peut être mêle à Tours, puis est passé à la réforme et avait pris le nom d’Adam Retour. Il fut, en 1536, placé à la tête de la paroisse de Champvent-mathod. On le tenait favorable aux anabaptistes et adversaires de Calvin. Il mourut en 1570. Son œuvre fut connue en France, puisqu’on en a retrouvé deux exemplaires, et qu’il fut sur la liste des livres censurés par la Sorbonne et publiée en 1551. Henri Estienne (qui imprime à Genève) parle plusieures fois de Ménard dans son Apologie pour hérodote (voir la catégorie- XVI e- Estienne henri). Assez bon écrivain, épris de pittoresque, il avoue avoir « quelquefoys usé de motz joyeulx et petites sornettes », il nous apporte sur les mœurs et l’esprit des cordeliers nombre d’anecdotes, de traits pris sur le vif qui fourniraient un excellent commentaire à certains passage  de Rabelais. Que Rabelais ait ou non connu son œuvre, qu’il l’ait ou non rencontré, n’a pas grande importance : ils ont vécu tous deux au même moment, dans les mêmes milieux, et ce que Ménard a vu de son couvent, Rabelais l’a vu dans le sien et, défroqué comme lui, il a dû le voir avec les mêmes yeux que lui. Jean Ménard dévoile les ridicules et les dangers du « mariage et lignage spirituel » entre « moynes et nonnains » , il dénonce aussi les alliances, toujours spirituelles, entre religieux et laiques : « quand il y a un prebstre nouveau, il luy fault ung pere, une mere, ung parrein, une marreine nouveaux, pour chanter sa messe nouvelle, et tousjours des meilleures maisons, et sera baisé à l’offrande de ses mère et marreinequi sera belle et jeune plus que luy aucunes foys et cela c’est pour augmenter la dévotion, et est bien l’offrande selon le sainct. Et a cause de ce on fréquente familièrement ensemble es maisons et tire l’on tousjours cuysse ou aelle et n’y a telle suspition à cause que c’est la mère, la marreine de la première messe, on n’y oseroit toucher non plus que le chat au fromage, car ce seroit pêché »

Cet extrait est mentionné dans le « François Rabelais » de 1953 imprimé chez Droz .

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Les premières lettres forment le nom de l’auteur: JEHANMENARD

Son nouveau nom d’Adam (retour) figure ensuite dans les trois lignes

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prologue complet:

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dos de la reliure:

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