( 11 septembre, 2014 )

Entre alchimie et chimie

air

 

Mes idées sur la nature et les causes de l’air déphlogistiqué est un livre écrit par  Fabre du Bosquet et publié en 1785, en pleine guerre entre la chimie moderne incarnée par Lavoisier en France et l’ancienne science alchimique, et sans doute tiré à très peu d’exemplaires .

(L’alchimie n’était pas qu’une pratique ésotérique ou magique. L’alchimiste travaillait en laboratoire, même si sa démarche est inverse à la démarche scientifique car elle consiste à  vérifier des théories plutôt que d’utiliser l’expérience pour en déduire des principes. D’ailleurs le titre même de ce livre est bien « mes idées sur… »)

L’ensemble de ce livre repose sur la théorie du phlogistique, cette ancienne théorie scientifique concernant la combustion. Elle a été développée à la fin du 17ème  siècle. La théorie phlogistique est devenue caduque après la découverte de l’implication de l’oxygène de l’air dans le processus de combustion par Lavoisier au 18ème  siècle.On a longtemps cru que la chaleur était constituée d’un fluide que l’on avait nommé le phlogistique (en grec « inflammable »). On peut l’associer au feu. La perte de masse résultant d’une combustion était attribuée à la fuite du phlogistique de la matière en combustion.La théorie affirme que tous les matériaux inflammables contiennent du phlogiston qui serait dégagée en brûlant. Une fois brûlée, la substance « déphlogistiquée » apparaîtrait sous sa vraie forme. Dans le cas de ce livre, on parle de l’air  déphlogistiqué, qui sera appelé oxygène par Lavoisier. Le phlogistique était donc un feu fixé dans la matière et qui s’en échappe lors des combustions. Plus un corps contient de phlogistique, et mieux il brûle.Quand l’oxygène fut découvert par Joseph Priestley, ce dernier le baptisa « air déphlogistiqué », capable de se combiner avec plus de phlogistons et pouvant ainsi brûler plus longtemps que de l’air « ordinaire ».Les  Réflexions sur le phlogistique publié en 1777 par Lavoisier, démontre l’inconsistance de la théorie phlogistique.

Dès le début d’ouvrage, on perçoit les objectifs de l’auteur et la voie que doit prendre la « vraie science », à savoir rechercher un moyen de prolonger la vie, d’éloigner des infirmités du vieillissement… Selon lui, notre atmosphère est « épais », « aqueux » et favorise la corruption, la « coagulation » de notre corps, contrairement à l’air situé au dessus des nuages.

Ses conclusions sont sans appel, et tout animal devrait vivre cinq fois plus longtemps dans de l’air déphlogistiqué. 

Les deux exemples suivants, en fin d’ouvrage évoquent clairement les vertus particulières de l’air déphlogistiqué :

 Page 91

« De la que le feu central des corps, c’est-à-dire, le sujet de la vie, et le feu céleste ont une origine commune, et tiennent  à la même racine, ne serait il pas raisonnable de penser que l’aspiration fréquente de l’air déphlostisqué, pourrait devenir très favorable à la conception, et peut être plus sensiblement  encore à former des hommes aussi robustes qu’intelligents.. »

 Page 96

« Les effets de l’air déphlogistiqué nous portent d’une manière bien naturelle à penser que s’il était possible de corporifier et de rendre sensible le fluide vivifiant qu’il contient, on aurait très certainement trouvé la panacée universelle, dont les Philosophes hermétiques nous ont décrit la puissance, les vertus et les merveilleux effets ».

 

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