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( 1 juin, 2014 )

Les bois de réemploi

Certains éditeurs de la fin du 18ème siècle et du début du 19ème siècle se sont fait une renommée dans la littérature de colportage. Les plus connus sont ceux de Troyes, avec en tête de liste les dynasties des Oudot et les Garnier. Ces ouvrages contiennent souvent des bois de petite taille placés en page de titre ou en fin d’ouvrage. On appelle  »bois » (ou xylogravure), une gravure qui a été réalisé grâce à une matrice réalisée dans un morceau de bois dur, comme le buis.

Chapolin et Baudot éditent au début du 19ème siècle à Caen et Troyes des livrets de quelques pages dont vous pourrez trouver les titres dans la catégorie « XVIII e- Colportage (facéties populaires ou religion) ».

Ces éditeurs utilisent des bois dits bois de réemploi car ils ont été acquis après la vente du matériel typographique de tel ou tel imprimeur, lorsque ceux-ci ont cessé leur activité. Souvent même, vu l’ancienneté de certains bois, ce matériel provient de ventes successives et est certainement passé de mains en mains. Ces bois ont été fabriqués au 16 ou 17ème s pour illustrer des éditions diverses, Bibles, livres de littérature… et ne se retrouvent dans ces livrets que pour combler des pages vides ou, lorsqu’il s’agit d’ornements typographiques, à entourer les pages de titre. 

Je me suis « amusé » à essayer de retrouver les éditions d’ou ces gravures provenaient.

1- Le premier est assez simple, il s’agit d’un buste drapé, tête barbue de profil dans un triple cercle:

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 (Illustre les amours de Lucas et Claudine chez Godrefe à Lelis -Sillé )

Résultat : il s’agit de la tête de Thémistocle dans les éditions des Vies parallèles de Plutarque traduites par Jacques Amyot (voir catégorie « XVI e- Amyot jacques »). Il s’agit d’un bois des années 1580-1620)

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2- Deuxième exemple pris dans des livrets de colportage: Des bois ornementaux représentant des corbeilles tressées remplies de feuillages, de fruits….

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Ces bois sont typiques du 17 ème siècle et du début du 18ème siècle. Dans l’édition de Boileau imprimée chez Fabri à Genève en 1716, on en trouve plusieurs du même style (voir catégorie « XVII e- Boileau) :

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3- Pour le bois suivant (en fin des misères des plaideurs), je n’ai pas encore retrouvé l’édition exacte dans laquelle il se trouvait mais le style laisse à penser à une gravure du milieu du 16ème s, provenant d’une bible. Le sujet semble être l’adoration du veau d’or. Le style peut faire penser aux bois de Pierre Vase de Lyon?

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une gravure similaire se trouve dans les figures de la bible illustré par cet artiste et imprimé à Lyon en 1564 chez Guillaume Rouille:

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4- Plus difficile, ces bois religieux provenant du médecin des pauvres chez Baudot à Troyes (début 19ème siècle) pour le premier et des Noels nouveaux chez Garnier pour le second:

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Le premier représente le christ lavant les pieds et le second une vierge à l’enfant. Le christ semble être issu d’une bible assez ancienne (première moitié du 16ème s.

5- Autre exemple de réemploi d’un élément typographique très présent dans les livres du début du 16ème s et abandonné depuis le milieu du siècle; La feuille. Les deux feuilles ici photographiées se trouvent dans la composition de la page de titre des béquilles du diable boiteux. La seconde image est issue des Illustrations de Gaulle et singularités de Troye de Jean Lemaire de Belges (1540):

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6- Le dernier exemple, l’homme zodiacal présenté également dans les béquilles du diable boiteux, nous montre un bois qui a toutes les apparences d’un bois sorti d’une édition plus ancienne, pour la simple raison qu’il n’a aucun rapport avec les texte imprimé.

Le dessin frustre et mal imprimé montre les correspondances entre les signes du zodiaque et les organes de l’homme, entre les planètes et le corps humain. Il représente l’influence des astres sur le corps.La nomination des douze signes sur les corps humains sont : Aries qui gouverne la tête avec ses parties (Bélier), Taurus, le col et les épaules (Taureau), Gémini, les bras et les mains (Gémeaux), Cancer, la poitrine et le poumon, Léo, le coeur, le foie et l’estomac (Lion), Virgo, la rate, le ventre et les intestins (Vierge), Libra, l’épine du dos, les roignons et les fesses (balance), Scorpius, les hanches et les parties honteuses (Scorpion), Sagitarius, les cuisses (Sagittaire), Capricornus, les deux genoux (Capricorne), Aquarius, les jambes (Verseau), Pisces, gouverne les pieds (poissons).

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( 21 février, 2010 )

Ouvrages de colportage. Fin XVIIIème s-début XIXème s

dsc02803.jpg dsc02804.jpg dsc02805.jpg  les béquilles du diable boiteux

extrait: « Un coup de Béquille (du diable) donné par exemple à une vieille coquette pour lui faire sentir son ridicule, quand, après avoir voulu faire la jeune pendant la journée, elle se voit obligée de mettre le soir sur sa Toilette l’attirail de sa jeunesse apparente, c’est-à-dire, ses cheveux, ses sourcils & les dents. Un autre bien appliqué à un chercheur de Pierre philosophale, pour l’avertir qu’il ne trouvera jamais ce que tant de Souffleurs, du moins aussi habiles que lui, ont inutilement cherché pendant plus de cinquante siecles. Un autre coup donné à un soi-disant Dévot, pour lui apprendre, puisqu’il semble l’ignorer, que c’est une pratique très-contraire à la profession qu’il fait, que de pousser sa délicatesse jusqu’à envoyer chercher le Médecin pour avoir toussé deux ou trois fois lorsqu’il étoit couché. Un autre enfin, à un Usurier hypocrite, pour lui reprocher l’usage qu’il fait de son Chapelet & d’autres œuvres de piété, dans le temps même qu’il traite sans miséricorde, pour vendre l’argent beaucoup plus qu’il ne vaut. Tous ces coups, ce me semble, sont un très-petit mal, dont on pourroit tirer un très-grand bien, si l’on en faisoit un bon usage. Ceux qui sont ainsi frappés, ne devroient-ils pas juger que leur conduite est extrêmement repréhensible, puisque le Diable même y trouve à redire. »
dsc02798.jpg dsc02800.jpg les misères des plaideurs

dsc02801.jpg dsc02802.jpg les amours de Lucas et Claudine.1812. A Lelis (sillé le guillaume)

extrait: »Claudine. Te voilà tout hors d’haleine,

Quelqu’un t’a-t-il fait de la peine ?
Lucas. Ne t’ai-je pas bien dit
Que l’amour m’a tout interdit ?
Tu as bien fait d’ouvrir la porte,
Car j’allois dans ma culotte,
Ne, t’en déplaise, faire ca ca.
Oui, par ma foi, ca ca,
Mes tripes et mes boudins
Se remuent comme des diablotins,
L’amour m’a émouvé la bile,
D’une force si terrible,
Que j’en crève dans ma peau.
L’amour est un grand embarras !
Claudine, tu ne me réponds pas »

 

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