( 20 janvier, 2015 )

Edition de La Ligue (1723) du jeune Voltaire

En 1722, le jeune Voltaire inséra un projet de souscription dans la Gazette de Hollande portant sur l’ édition d’un poeme épique intitulé Henri IV, ou la Ligue, qui devait former un volume in-quarto sur grand papier royal et être ornée de 12 gravures faites sous les yeux de l’auteur. Le libraire chargé de l’impression, Charles Le Viers, avait ses ateliers dans la ville de La Haye.

Compte tenu du sujet, Voltaire se proposait d’offrir au jeune Louis XV la dédicace de son œuvre, comme cela se faisait souvent à cette époque. Mais un refus catégorique du régent (au nom du roi de France) vint déranger ses projets.

La censure qui avait, de plus, remarqué dans le poème plus d’un endroit contenant des propositions mal sonnantes et sentant l’hérésie, exigeait des suppressions auxquelles, apparemment, l’auteur ne crut pouvoir consentir. Voltaire voyant que son poème ne serait pas débité en France, le contrat avec Le Viers fut rompu et les souscripteurs remboursés.

Il décida alors de le faire imprimer sans approbation ni privilège à Rouen par Viret. Il s’agit de l’édition qui fut publiée en 1723 sous le titre la Ligue ou Henry le grand, poème épique  (avec la fausse adresse de Genève), chez Mokpap (Pour l’imprimeur Viret), in 8 de 231 pages (cet exemplaire). Ce poème a neuf chants (Dix pour l’édition Londonienne de 1728) et a quelques lacunes, remplies par des points ou des étoiles. Il en existe une contrefaçon, portant la même adresse et la même date, c’est un in 8 de 216 pages.

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avertissement:

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Cinq ans plus tard, Voltaire, se trouvant en Angleterre, essuya une terrible banqueroute. Lorsqu’il l’apprit, le roi Louis XV, devenu majeur et père de famille, lui fit envoyer deux mille écus et tout Londres se pressa pour faire imprimer, par souscription, une édition de la Henriade, ce qui fut fait et rendit par la générosité de la nation anglaise sa fortune à l’auteur ce qui explique entre autres son anglomanie1. Puisque Louis XV avait refusé la dédicace, Voltaire, vu les circonstances, en fit alors l’honneur à la reine Élisabeth.

Voltaire parle de sa « ligue » dans ses lettres:

 

 bandeaux des différents chants:

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Origine du pseudo « Voltaire » : Il s’agit de l’anagramme de son vrai nom Arouet L(e) J(eune), sous la forme latine AROVETLI (V pour U et I pour J). Son père, François Arouet obtient une charge de notaire au Châtelet en 1675, lui assurant ainsi l’accès à la petite noblesse de robe. Voltaire prend ce pseudo en 1717 après son embastillement. Il s’agit en 1723, date de ce livre, d’une des premières fois où il utilise son pseudonyme augmenté de la particule noble « de Voltaire ». En 1719, sa pièce œdipe portait déjà ce nom. Son Ode à sainte Geneviève et ses premières pièces satyriques contre le régent notamment sont signées Arouet.

( 10 janvier, 2015 )

L’ affaire Calas et le traité de la tolérance

« Depuis les attentats, il y a une semaine, Le traité sur la tolérance que Voltaire a publié en 1763, est en tête des ventes dans les librairies et sur les sites de vente en ligne… Rien que chez Folio, 120.000 exemplaires du Traité de la tolérance ont été vendus ces derniers jours, idem chez  Flammarion ou J’ai lu. »  Source France Inter (jeudi matin).

Voici l’occasion de revenir sur l’affaire qui l’a incité à faire imprimé un tel livre. 

La préface historique de cette pièce de théâtre de Jean Louis Laya intitulée Jean Calas et imprimée à Toulouse (lieu de l’affaire) nous donne les renseignements clés de l’histoire.

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Le 10 mars 1762, Jean Calas, accusé d’avoir assassiné son fils était roué en place publique. L’affaire Calas, dénoncée par Voltaire comme le symbole du fanatisme et de l’intolérance religieuse bouleversait la vie toulousaine.

Le soir du 13 Octobre, à 22 heures, le jeune Marc Antoine-Calas, 28 ans, est découvert mort  pendu à une porte, dans le magasin de ses parents, marchands au 16 de la rue des Filatiers, au cœur de la ville de Toulouse et de confession protestante.

Le capitoul du quartier, David de Beaudrigue, est chargé de l’affaire. Pour ce catholique fervent, la solution est toute trouvée. Marc-Antoine était désireux de se convertir au catholicisme et le coupable est tout désigné : le père n’aurait pas supporté le projet de conversion de son fils et l’aurait donc assassiné.

Bien que ne reposant sur aucune preuve, l’affirmation du capitoul apparaît comme particulièrement séduisante en cette période de reconquête des âmes par les catholiques. Elle est immédiatement acceptée.

A la suite d’un procès perdu d’avance, le 9 mars 1762, sera rendu un verdict sans surprise. Le lendemain, Jean Calas subit le terrible supplice de la roue sur l’actuelle place Saint-Georges. Il met des heures à mourir avant que le bourreau ne l’étrangle.

En avril 1763, Antoine Louis (chirurgien légiste de renom) présente un Mémoire sur une question anatomique relative à la jurisprudence, dans lequel on établit les principes pour distinguer à l’inspection d’un corps trouvé pendu le signe du suicide d’avec ceux de l’assassinat et prouve que les pendus ne meurent pas faute de respiration, mais par la compression asphyxiante des veines jugulaires, expliquant ainsi que Marc-Antoine ait pu se suicider en fixant la corde au bouton de la porte alors que ses pieds touchaient terre.

 

 Voltaire entame, à la demande de la famille, une véritable campagne d’opinion et parvient à arracher la réhabilitation de Calas le 9 mars 1765, soit trois an après la mort de jean Calas.La seule arme de Voltaire aura été sa plume. Et sa raison. En 1763, il  publie donc son « Traité de la tolérance », suite a cette affaire, dans lequel il jette les bases de la lutte contre l’obscurantisme et le fanatisme. 

Le traité sur la tolérance fait partie, dans l’édition de Kehl(celle éditée par Beaumarchais) du Tome 35, intitulé politique et législation. Voici le récit complet des faits, début du livre:

PLAISIR DE LIRE :   

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Album : calas

18 images
Voir l'album

 

-Petit enregistrement sur l’intolérance:

Quelques phrases célèbres que nous pouvons retrouver dans son ouvrage et :

« La superstition est à la religion ce que l’astrologie est à l’astronomie, la fille très folle d’une mère très sage. Ces deux filles ont longtemps subjugué toute la terre. »

« Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères! »

« Nous avons assez de religion pour haïr et persécuter, et nous n’en avons pas assez pour aimer et pour secourir. »

« De toutes les superstitions, la plus dangereuse, n’est-ce pas celle de haïr son prochain pour ses opinions? »

« Si vous voulez qu’on tolère ici votre doctrine, commencez par n’être ni intolérants ni intolérables. »

 « La tolérance n’a jamais excité de guerre civile ; l’intolérance a couvert la terre de carnage »

 

( 13 novembre, 2014 )

La note des « damnés » de La Henriade

La Henriade est une épopée en 10 chants de Voltaire imprimé pour la première fois à Londres en 1723 sous le titre la Ligue ou Henry le grand .

On trouve dans l’édition de 1746, éditée par le Parisien Prault, la note qu’on appelle «note des damnés » parce qu’elle contient un calcul assez curieux sur le nombre des hommes destinés aux peines éternelles de l’enfer. On la surnommera, de ce fait, « La Henriade des damnés ». Cette note de bas de page, commentaire au texte principal, ne sera quasiment plus réimprimée. Néanmoins, dans cette édition de 1776, on la retrouve tout de même :

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Petit calcul mathématique : Il y aurait, nous dit Voltaire, 950 000 000 hommes sur terre. Parmi ce nombre, seul 1/20ème des 50 000 000 de catholiques peuvent espérer être des élus et échapper aux flammes de l’enfer, soit un total de 2 500 000 individus (Les élus de Dieu sont les chrétiens authentiques, ceux qui se savent sauvés uniquement par la grâce divine sans aucune intervention de leur part). Il y a donc 947 500 000 damnés par génération de 20 ans. L’humanité ayant 6000 ans (!), le genre humain a donc produit depuis le début des temps 113 700 000 000 000   de damnés !

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Edition avec la préface de Marmontel.

Série de gravures assez grossières (par rapport à celles réalisé par Moreau le jeune) .

Une gravure par chant plus un frontispice (la première gravure).

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( 27 octobre, 2014 )

La raison par alphabet (Dictionnaire philosophique)

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A partir de 1769, le dictionnaire philosophique prend le nom de « La raison par l’alphabet ». Cette édition date de 1773 ( la septième) et non 1763 comme l’annonce la page de titre (coquille ou erreur typographique)

En 1784, l’édition des œuvres complètes de Voltaire , éditée par Beaumarchais, donne un dictionnaire philosophique beaucoup plus vaste que l’édition originale de 1764, ou que les éditions des années suivantes.

Quelques exemples d’articles de l’édition de 1784:

Restauration de cet exemplaire:

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ouvrage sans couverture

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Pose d’un dos avec faux 5 nerfs. Le dos est réalisé dans une chute de vélin (acte notarié ici de 1584). Les faux nerfs sont en ficelle tressée.

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Son aspect parmi les autres livres.

 

 

Second volume dans une autre édition: 

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( 29 juillet, 2014 )

La France découvre Isaac Newton

C’est en effet Voltaire qui fit découvrir à la France le physique de Newton, dans un pays dont beaucoup de scientifiques sont encore,  en ce début de 18ème siècle, adeptes des théories de René Descartes. Déjà dans ses Lettres Anglaises, un chapitre était consacré au grand physicien.

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La première publication des Éléments de la philosophie de Newton date d’avril 1738, mais la correspondance de Voltaire nous apprend que ce fut à son insu. L’histoire : Voltaire (réfugié en Hollande en 1736) remit au libraire Ledet (voir l’adresse de la page de titre de la photo 1) les premiers chapitres de son livre inachevé écrit à Cirey chez la marquise du Châtelet (l’ouvrage lui est d’ailleurs dédicacé). Ledet, non gêné de la propriété intellectuel de l’ouvrage (cela n’existait pas encore !) fit achever le livre par un mathématicien hollandais, et le mit à la vente après avoir ajouté au titre ces mots : Mis à la portée de tout le monde. La mode était en effet aux ouvrages de vulgarisation. Certains diront par raillerie  qu’il fallait lire : Mis à la porte de tout le monde !

En 1741, Voltaire donna en France, mais sous l’adresse de Londres, une édition entièrement refondue des Éléments de la philosophie de Newton.

Vous pourrez constater que le livre ne comporte pas uniquement des gravures explicatives à caractère purement scientifique, mais aussi énormément de vignettes et d’ornements typographiques allégoriques et décoratifs.

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( 25 juillet, 2014 )

L’ironie Voltairienne

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Les contes de Guillaume vadé, ouvrage paru en 1764, contiennent le fameux pamphlet du Discours aux Welches de Voltaire. Le nom Welches était donné par les allemands aux français par dérision.

Cet extrait du discours de réception à l’académie française de Max Gallo montre bien à quel point le Discours aux Welches de Voltaire est moins un réquisitoire implacable contre les français qu’un œil ouvert sur les défauts d’une nation dans le but de changer les choses:

« J’ai relu Le Discours aux Welches, puisque c’est par ce sobriquet que Voltaire désigne ces Français, ces Gaulois narcissiques et prétentieux. Et il m’a semblé entendre Jean-François Revel (Philosophe et écrivain auquel max gallo succède en 2006) se moquant de notre vanité.

« Depuis le temps que la culture française rayonne, je me demande comment l’humanité entière n’est pas morte d’insolation », s’étonne-t-il. Et Voltaire s’interroge : « Ô premier peuple du monde, quand serez-vous raisonnable ? » Et il dresse la liste de nos défauts, de nos réticences à adopter ce que d’autres nations ont accepté avec profit.

Voltaire fut accusé d’avoir écrit « une odieuse satire contre la nation ». …. En fait, dans la lignée voltairienne, Revel ne critique les Welches que par amour de cette France pour laquelle il a combattu. Pour contraindre la nation à voir ses faiblesses, à en finir avec les complaisances, la fatuité, les iniquités, voire, en 1760 comme en 1960, avec l’usage de la torture ».

Je vais maintenant vous lire quelques extraits de ce Discours afin de saisir le ton de Voltaire:

( 8 avril, 2014 )

Gravures d’après Moreau le jeune pour Candide -1785

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S’il y a une oeuvre de Voltaire que tout le monde connait, c’est bien Candide. C’est peut être regrettable  de réduire Voltaire à Candide, mais c’est comme ça ! L’édition de Kehl (1784-89) des oeuvres complètes de Voltaire comporte les belles gravures de Moreau le jeune. Après un résumé de sa vie, quelques extraits  pour accompagner quelques gravures:

Jean-Michel Moreau, dit Moreau le Jeune (1741-1814), est un dessinateur et graveur français. Élève du Lorrain , puis du graveur Jacques-Philippe Le Bas, il devint bientôtgrace à son talent, le dessinateur en renom des planches de toutes les éditions de luxe des classiques français. Il a également fourni aux graveurs de l’Encyclopédie des lavis et des dessins illustrant les processus artisanaux. Comme graveur, il a collaboré avec Boucher, Gravelot et une trentaine d’autres. En 1770, il succède à Cochin comme dessinateur des menus plaisirs du roi en sur la recommandation de ce dernier, ce qui lui donne l’occasion de produire des épreuves célébrant le mariage du Dauphin et son couronnement. En 1781, il est nommé Dessinateur et Graveur du Cabinet du Roi. Il a désormais besoin des services d’autres graveurs pour reproduire ses propres dessins comme les illustrations pour le recueil des œuvres de Rousseau (1773-82) et de Voltaire (imprimé à Bruxelles, 1782-9). Il est agréé à l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1780, puis reçu membre en 1788 et nommé graveur du cabinet du roi.

Vous trouverez nombre de ses œuvres dans différentes « catégories » de ce site, notamment pour ce Voltaire édité par Beaumarchais, mais aussi pour Rousseau (Jean-Jacques), les évangiles (dans « Bibles 18ème s »), les figures de l’histoire de France (dans « gravures Moreau le jeune »)…

Candide parait en 1759 à Genève chez Gabriel Cramer et sous le nom de Docteur Ralph. Ces gravures forment la deuxième série que Moreau a dessiné pour cette oeuvre de Voltaire.

Début de l’oeuvre et fuite de Candide:

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« Cunégonde laissa tomber son mouchoir, Candide le ramassa, elle lui prit innocemment la main, le jeune homme baisa innocemment la main de la jeune demoiselle avec une vivacité, une sensibilité, une grâce toute particulière; leurs bouches se rencontrèrent, leurs yeux s’enflammèrent, leurs genoux tremblèrent, leurs mains s’égarèrent. M. le baron de Thunder-ten-tronckh passa auprès du paravent, et voyant cette cause et cet effet, chassa Candide du château à grands coups de pied dans le derrière; Cunégonde s’évanouit; elle fut souffletée par madame la baronne dès qu’elle fut revenue à elle-même; et tout fut consterné dans le plus beau et le plus agréable des châteaux possibles.  Candide, chassé du paradis terrestre… »

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les horreurs de la guerre.

« Candide s’enfuit au plus vite dans un autre village : il appartenait à des Bulgares, et des héros abares l’avaient traité de même. Candide, toujours marchant sur des membres palpitants ou à travers des ruines, arriva enfin hors du théâtre de la guerre, portant quelques petites provisions dans son bissac, et n’oubliant jamais Mlle Cunégonde. Ses provisions lui manquèrent quand il fut en Hollande ; mais ayant entendu dire que tout le monde était riche dans ce pays-là, et qu’on y était chrétien, il ne douta pas qu’on ne le traitât aussi bien qu’il l’avait été dans le château de monsieur le baron avant qu’il en eût été chassé pour les beaux yeux de Mlle Cunégonde. »

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« La vieille reparut bientôt ; elle soutenait avec peine une femme tremblante, d’une taille majestueuse, brillante de pierreries et couverte d’un voile. « Ôtez ce voile », dit la vieille à Candide. Le jeune homme approche ; il lève le voile d’une main timide. Quel moment ! quelle surprise ! il croit voir Mlle Cunégonde ; il la voyait en effet, c’était elle-même. La force lui manque, il ne peut proférer une parole, il tombe à ses pieds. Cunégonde tombe sur le canapé. La vieille les accable d’eaux spiritueuses ; ils reprennent leurs sens, ils se parlent : ce sont d’abord des mots entrecoupés, des demandes et des réponses qui se croisent, des soupirs, des larmes, des cris. »

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La seconde série ne comporte pas certaines gravures comme cette célèbre illustration pour le chapitre 19 :

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Gravure de Pierre Charles Baquoy d’après un dessin de Jean-Michel Moreau le Jeune. Les gravures de la seconde série sont de plusieurs graveurs différents, mais le style est identique.

( 20 mars, 2014 )

Quelques enregistrements sur diverses oeuvres de Voltaire

( 5 avril, 2013 )

L’enfant prodigue- Voltaire

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( 3 mars, 2010 )

Gravures de Moreau le jeune pour la Pucelle de Voltaire

dsc028641.jpg dsc02865.jpg « A leur retour, on les conduit aux bains.
Pâtes, parfums, odeurs de l’Arabie,
Qui font la peau douce, fraîche et polie,
Sont prodigués sur eux à pleines mains »

dsc02866.jpg « Il fond sur Jeanne. O soudaine merveille !
Denys arrive, et Jeanne se réveille.
O Dieu ! qu’un saint fait trembler tout pécheur !
Nos deux rivaux se renversent de peur.
Chacun d’eux fuit, emportant dans le coeur
Avec la crainte un désir de mal faire.  »

dsc02867.jpg  »De Jean Chandos prend la culotte, et passe
Ses cuisses entre, et l’aiguillette lace ;
De l’amazone elle prend la cuirasse.
Le dur acier, forgé pour les combats,
Presse et meurtrit ses membres délicats.
L’ami Bonneau la soutient sous les bras. « 

dsc02868.jpg  »Et du tendron contemplant la laideur,
Il se disait :  » J’en aurai plus d’honneur.  »
Il n’en eut point : le plus brillant courage
Peut quelquefois essuyer cet outrage.
Hermaphrodix, en son affliction,
Eut pour Dunois quelque compassion ;
Car en secret son âme était flattée
De grands efforts du triste champion
.  »
dsc028691.jpg « Vous eussiez vu reculer Grisbourdon ;
Il se signait, il ne pouvait le croire.
 » Comment, dit-il, dans la caverne noire
Un si grand saint, un apôtre, un docteur !
Vous de la foi le sacré promoteur,
Homme de Dieu, prêcheur évangélique,
Certes ! ici la grâce est en défaut,
Vous dans l’enfer ainsi qu’un hérétique !
Certes ici la grâce est en défaut.
Pauvres humains, qu’on est trompé là-haut !
Et puis allez, dans vos cérémonies,
De tous les saints chanter les litanies ! « 

dsc028701.jpg « Homme ou mulet, tu seras ma monture.
Dunois m’a pris l’âne qui fut pour moi,
Et je prétends le retrouver en toi.
Çà, qu’on se courbe « . Elle dit, et la bête
Baisse à l’instant sa chauve et lourde tête,
Marche des mains, et Jeanne sur son dos va dans les champs affronter les heros »

 

dsc028711.jpg  » Chrétiens, dit-il, ma nièce est une impie ;
 » Je l’abandonne, et je l’excommunie :
 » Un hérétique, un damné suborneur,
 » Publiquement a fait son déshonneur ;
 » L’enfant qu’ils ont est un fruit d’adultère.
 » Que Dieu confonde et le fils et la mère
 » Et puisqu’ils ont ma malédiction,
 » Qu’ils soient livrés à l’inquisition !
 »

dsc028721.jpg dsc028731.jpg On voyait fuir tous les gens à soutane
Sur les débris du bûcher renversé,
Qui dans le sang nage au loin dispersé,
Sur ces débris le bâtard intrépide
De Dorothée affermissant les pas,
A l’air, le port, et le maintien d’Alcide,
Qui, sous ses pieds enchaînant le trépas,
Le triple chien, et la triple Euménide,
Remit Alceste à son dolent époux,
Quoique en secret il fût un peu jaloux.

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